Illustration : Emmanuelle Zicot
Pour un nombre incalculable de raisons, il fait bon être un petit vieux. Ils sont choyés, ils ont la priorité pour les places assises dans les bus, ils peuvent se garer sur les places pour handicapés sans que personne ne s’offusque, ils sont maîtres dans l’art de se faire plaindre, leur pays est Tamalou et sa capitale est Bobolà, on leur laisse le passage même s’ils ne sont pas pressés et n’ont que ça à faire de traîner dans nos pattes un samedi matin, à l’heure où les honnêtes gens font leur corvée samedinicale, il paraît même que certains se vont jusqu’à se pisser dessus juste pour faire suer les infirmières… Je tiens ça d’une amie infirmière alors je balance ! Pour résumer, les p’tits vieux, ce sont des escrocs en puissance !
Quoique, je dis peut-être ça sous le coup de la colère, de la peur, ou encore de la jalousie, j’hésite… Alors pour ne pas avoir l’air d’une critiqueuse arbitraire, je vais vous passer en revue quelques unes des raisons qui me font penser que les vieux, parfois, il vaudrait mieux les euthanasier à la naissance et que j’ai bien hâte d’en être une moi-même une euthanasiée de naissance !
Les buffets
Une chose m’a fait penser un jour que je n’avais aucune chance de survie dans la jungle : j’ai participé à un buffet gratuit où la moyenne d’âge des 200 convives devait avoisiner les 75 ans. Seules trois âmes faisaient baisser cette moyenne de 0,000002 points : mon père, moi-même et un autre jeune affamé et alléché par la promesse de Champagne et de petits fours gratuits.
Il y avait plus de dents dans la gueule d’un seul crocodile que dans la totalité des bouches présentes dans la salle si on leur retirait leurs dentiers.
Pareil pour les cheveux. Il y avait plus de choucroutes dans la pièce que lors du festival de la saucisse de Strasbourg. Autant dire que les crânes ressemblaient d’avantage à des pistes d’atterrissage qu’à la forêt amazonienne.
Le rapport avec mon espoir de survie dans la jungle me direz-vous ? Et bien, puisqu’on en est aux comparatifs : j’ai plus de chance d’arriver à retirer un morceau d’antilope dans la gueule d’un lion qu’un petit four dans la bouche d’un vieux !
Leur technique est rodée : coup de coude, rassemblement par groupe de trois, marche en formation de la tortue avec des chapeaux piquants pour mesdames et des cannes pour messieurs.
Coup de canne dans les tibias de celui qui oserait tendre une main vers le buffet. Chapeau dans l’œil du malotru qui tenterait une percée vers l’ouest, extension du bras et saisie du plateau entier d’amuse-gueules. Association avec un autre trio pour refermer le cercle et protéger le butin des autres prédateurs.
Un électron libre est envoyé au ravitaillement de Champagne. Celui là est un mercenaire, il n’a pas de groupe défini, mais troque du liquide contre du solide aux groupes de six.
Au cas où la technique dégénère, un des petits vieux peut aussi jouer la carte du malheureux en vous lançant le regard qui dit : « laissez-moi la tartelette au chocolat, moi je suis proche de la fin, j’aperçois déjà la lumière qui annonce la fin, c’est peut être mon dernier plaisir sur cette terre… ». Avant demain tout du moins.
Ou pire, il peut dégainer la carte de la victime !
Un exemple : vous arrivez à approcher le plateau, vous vous servez, et là, le vieux sournois se met à geindre bruyamment. Plusieurs plaintes existent :
- il crie au scandale, vous accusant de lui avoir pris le petit four des mains,
- Il crie de douleur, affirmant que vous l’avez piétiné violemment pour lui passer sous le nez,
- Il feint un malaise pour détourner votre attention du buffet quelques instants,
- Il vous prend votre petit four des mains et le mange en vous remerciant de le lui avoir apporté, ce que vous n’oserez jamais contester en présence d’autant de ses congénères,
- Il peut même se jeter par terre, en prétextant que vous l’avez bousculé, et, pendant que vous essaierez de l’aider à se relever, sous les regards désapprobateurs des autres petits vieux, son complice embarquera le plateau de verrines. Sitôt relevé, le p’tit vieux cascadeur rejoindra la formation de six et plus personne de fera cas de vous, comme s’il ne s’était rien passé, chaque vieux retournera à son activité de chasse. Vous resterez bouche bée, et comme deux ronds de flan, que vous ne goûterez pas, car le temps que vous repreniez vos esprits, les desserts aussi auront disparu.
Moralité, méfiez-vous… Quoiqu’il arrive, même si ça n’a plus de dents, un petit vieux ça reste super dangereux quand ça a faim !































